Eloge

D'aucuns trouveront le mot cul passablement trivial. Mais, outre le fait qu'il soit passé dans la langue, sa connotation dépend largement de l'esprit dans lequel on l'emploie. Car il est le seul à pouvoir désigner ce lieu féminin stratégique, objet des éternelles convoitises masculines.
Fessier est un terme trop sportif, trop techniquement anatomique. Postérieur, croupe, arrière-train, sont trop chevalins. Derrière est trop ringard. Seul, cul réussit pleinement le mélange équilibré du physique et du sexuel, rendant compte à la fois de la plénitude de la chair et de son mystère central! Le graphisme même du mot concourt à sa signification transcendentale : le C évoquant la rotondité triomphante, le U l'ouverture accueillante, le réceptacle, et enfin l'L l'envolée enthousiaste, la montée au septième ciel.
Le cul donc, puisque cul il y a, est sans aucun doute le meilleur ami de la main de l'homme!
Entendons-nous bien : il ne s'agit point ici de la main brutale et vulgaire, qui, telle un trait, file directement au but, froissant tout sur son passage; ni de la main hypocrite et sadiquement pinçante, qui martyrise et méprise plus qu'elle ne flatte; mais de la main imaginative, caressante, qui musarde, contourne, effleure, enveloppe, en une convergence, on ne saurait mieux dire, progressive et subtilement dosée.
Mais si le cul est le meilleur ami de la main de l'homme, nul doute qu'il soit aussi, et peut-être avant tout, un régal pour ses yeux. Certes, il est d'innombrables postérieurs féminins et tous, hélas, ne sauraient prétendre à cette qualification (bien que, heureuse consolation, tout cul de bonne volonté puisse trouver preneur, ainsi que le prouve l'expérience!)
Il y a le cul informe dont le pelotage se compare au pilotage sans visibilité, instruments de navigation en moins. Le cul énorme, gargantuesque, qui, dans le tremblement gélatineux de la marche vous fait craindre qu'il ne coule brusquement le long des jambes et ne s'étale sur le trottoir en une énorme flaque. Le petit cul osseux et sous-alimenté qui menace constamment de percer l'étoffe et de meurtrir méchamment la main inconsciente qui se risquerait. Le cul étroit, masculin, qui ne consent à s'élargir qu'à la culotte de cheval, cul à retardement, en somme. Le cul dégouttant, en goutte d'huile, dont toute la masse s'est rassemblée au fond du slip, mollement flasque. Le cul plat, inexistant, ornement négatif de personnes "affessées". Et enfin.... le vrai cul, le cul qui chante, le cul qui interpelle, qui est harmonieusement développé dans les deux axes : courbe voluptueuse des hanches et affriolant rebondi arrière.
Bien entendu, chaque véritable cul réussit plus ou moins bien l'équilibre parfait, allant ainsi de l'acceptable au sublime en passant par tous les intermédiaires! Mais tous ces culs authentiques ont en commun de ne pouvoir vraiment s'épanouir, véritablement capter votre regard, vous érotiser, que sous une robe (1), légère de préférence. Car le cul a besoin de liberté. Il ne doit pas être bridé, il doit pouvoir exercer sa plénitude, s'ouvrir comme un bon vin. Le pantalon le brime, le panty l'aliène, trop de rigidité lui donne un air figé, fermé, quasi rébarbatif. Le beau cul ne vit vraiment que sous l'étoffe légère et complice de la robe, se balançant au rythme de la marche dans un léger roulis agrémenté d'une faible vibration, évoquant à la fois la fermeté de la forme et la douce élasticité de la chair. Ce n'est qu'à cette condition que sa houle vous attire, vous chavire.
Et c'est un plaisir, et non des moindres, que de suivre un beau cul! Il nous entraînerait jusqu'au bout du monde... et même jusqu'au fond d'une chambre, jusqu'au fond d'un lit. Mais attention, pas de confusion, ce plaisir de suivre n'est pas que basse recherche d'une finalité biblique obligatoire, qui n'en est qu'une possibilité excitante et la plupart du temps hautement improbable. Le dragueur forcené ferait ici preuve de ringardise. Car le suivi d'un beau cul est, presque toujours, et plus par choix initial que fiasco final, seulement un pèlerinage esthétique, une promenade de beauté à la remorque d'une oeuvre d'art animée, d'un rêve déambulatoire.
Que seraient nos rues, nos grands magasins, nos quais de gares et de métro, sans l'ensoleillement de tous ces culs féminins qui les hantent! Resterions-nous, frustes mâles esseulés, à rêver sur les terrasses des cafés, si ce n'était pour y guetter, en esthètes éclectiques, le passage chaloupé et grisant des beaux culs nonchalants!
Aussi, charmantes compagnes, ne bridez pas, ne brimez pas, ne cachez pas ces beaux culs que nous ne saurions voir, mais bien plutôt, promenez-les, balancez-les élégamment à nos yeux éblouis, nous confirmant encore et toujours que la femme est et restera éternellement l'indispensable rêve de l'homme!


(1) un beau cul en pantalon ne perd pas ses qualités, bien sûr... il est simplement moins "sublimé" :-)