MENACE INTIME (3eme chapitre)

Lorsque la nouvelle eut fait le tour de la population, telle une traînée de poudre, la panique étrangla la ville.
Le moment où tout individu baisse sa culotte ou son pantalon est un moment de grande vulnérabilité psychologique. Si, de plus, il doit craindre d'être à ce moment agressé mortellement dans ses oeuvres vives par un monstre surgissant sous ses fesses des profondeurs des égoûts, comme des profondeurs de son subconscient, il y a là de quoi déclencher une véritable psychose.
Les habitants de Bondy, déjà morts de trouille, en furent amenés à serrer doublement les fesses! Aucun d'entre eux ne se sentit plus le courage de s'asseoir sur sa cuvette de WC, ni même de l'approcher. On barricada toutes les toilettes à double tour. Même les utilisateurs de WC chimiques furent gagnés par la panique générale.
Il y eut tout d'abord une ruée sur les pots de chambre, ces ustensiles désuets, contemporains de nos grand-mères et quasi-disparus de nos jours, sauf au fin-fond de quelques rares campagnes reculées et conservatrices. On se confidençait à l'oreille le nom des quelques rares échoppes qui en possédaient encore quelque stock poussiéreux. ( Il faut signaler incidemment que, par un effet pervers imprévu, humour ou obsession, l'état-civil de la ville enregistra, pendant cette période, une nette réapparition du prénom Jules pour les nouveaux-nés masculins ). La seule usine spécialisée dans la fabrication de ces dignes ustensiles qui subsistât en France, sise à Méjac-les-pots, en pleine Lozère profonde, et qui se mourait doucement de sa belle mort, n'ayant plus que trois vieux employés obstinés - les trois empotés, comme les avait méchamment surnommés la population locale - en fut amenée à embaucher du personnel supplémentaire, s'informatiser en catastrophe et s'offrir un jeune PDG bardé de diplômes, dont la première contribution au renouveau de la fabrique fut d'inonder les murs et la presse de slogans géniaux du genre : " A Méjac-les-pots, tous à pleins pots!" ou bien " Allez les potes, faut qu'ça dépote!". A l'évidence, c'était un HECien pur crin. La production de l'usine quadrupla en quelques semaines. Malgré cela, la demande fut telle que nombre de Bondysiens ne purent s'en procurer et durent se rabattre sur tout ustensile de capacité suffisante : pot de soupe, faitout, cocotte... dont les bords ne fussent point trop coupants pour qu'on supportât de s'y asseoir le temps suffisant.
Comme on n'osait plus s'approcher des cuvettes de WC, on accoutuma de verser les contenus odorants dans les poubelles, si bien que le syndicat des concierges en vint à demander que l'achat de masque à gaz fut déductible de leur déclaration d'impôt. Bon nombre d'habitants, les jeunes en particulier, moins timorés, prirent l'habitude de se soulager un peu partout, où ils trouvaient un semblant de tranquillité : tous les couloirs d'immeubles, quais de gare, impasses, devinrent des champs d'étrons, des colonies de colombins.
Le petit square de la ville, en son temps si pimpant et coquet, se mit à ressembler à ces petits coins de bois qui parsèment les grands axes routiers, lieux de halte habituels des hordes d'automobilistes pérégrins saisis au ventre, vergers surréalistes aux petits amas bruns de fruits pourris entourés de bizarres feuilles mortes roses et bleues! Les jardinets, gorgés dans un premier temps d'un surcroit d'engrais organiques et d'azote urinaire subirent un coup de fouet. Mais, bientôt, au bout de quelques jours, cette profusion nutritive en vint à brûler les feuilles, si bien qu'on les eut dit victimes d'une sécheresse sahélienne. Ce qui ajouta à la désolation ambiante. Non seulement l'air devenait irrespirable, mais tout déplacement sur les trottoirs et dans les escaliers devenait aussi dangereux que par temps de verglas. On ne comptait plus les chutes maculantes, les fémurs cassés, les coccyx fêlés et décorés. Le maire, petit bourgeois des grandes banlieues, pourtant très policé, en était même venu, au bord de la déprime, à faire une plaisanterie blasphématoire. En voyant sa bonne portugaise, victime, en revenant du marché, d'une de ces chutes odorifères, il s'était exclamé : "Tiens, voilà la maculée Conception, mais elle n'est pas en odeur de sainteté!" ce qui lui avait valu illico l'ouverture d'une procédure en divorce de la part de son épouse et la démission immédiate de la dite Cuncepcion. Ce lui avait été une maigre consolation de constater que la solidarité nationale avait joué et que la ville de Paris avait fait don à sa mairie d'un escadron de "canisettes", que quelques plaisantins (il en restait encore, bien qu'ils se raréfiassent autant que l'air respirable) avaient surnommées "hommisettes" ou "merdisettes". Cela n'avait point suffi. Les employés municipaux étaient débordés.
Horreur et puanteur! Un air de désolation, une odeur de merde et de mort flottaient sur toute la ville, aggravés par la canicule estivale. Bondy s'enlisait dans une morne et puante désespérance! Bondy menaçait d'être submergé par la vague défécante!
Bien entendu, selon l'injustice naturelle des choses, les riches souffraient moins de la situation que les pauvres. Il leur était facile d'affréter un taxi en urgence afin de se rendre dans un établissement public d'une localité voisine, où ils pouvaient se soulager sans peur. Pour les moins riches, certains profiteurs, "les démerdeurs" comme on les avait surnommés, avaient créé des voyages de cars spéciaux vers les banlieues voisines, des sortes de charters à terre. Comme les départs n'avaient lieu que lorsque le bus était suffisamment plein, l'inconvénient majeur était de ne point tenir compte des différents degrés d'urgence, qu'il était difficile d'harmoniser. Aussi était-il recommandé de ne recourir à ces expéditions que si l'on possédait des sphincters à toute épreuve! Mais même cela ne dura pas. Les habitants de Bondy étaient tellement traumatisés qu'ils n'osèrent même plus s'approcher d'une cuvette de WC, fut-elle dans une autre ville.
II n'y avait plus de victimes du monstre des WC, personne n'approchant les cuvettes, mais on ne comptait plus les descentes de vessie et les décès par occlusion intestinale, surtout chez les femmes, beaucoup plus réticentes au soulagement extra-muros. L'hôpital de Bondy était en passe de devenir un centre de pointe sur la recherche intestinale. Afin que cet horrible fait divers, sorte de catastrophe naturelle, n'eût pas que des côtés négatifs, quelques esprits cartésiens, toujours aussi incisifs malgré les miasmes ambiants, en profitèrent pour créer l'ISA (Institut de Scatologie Appliquée) et pour militer afin qu'un Congrès mondial de l'Occlusion se tint dans la ville.
Cependant, la situation se "kafkaïennisait" de jour en jour et les autorités cherchaient désespérément une solution avant que la population ne sombrât dans la folie pure et simple. Le service technique des ateliers municipaux était dirigé par un polytechnicien déchu, Antoine Lefuté. Agé d'une quarantaine d'années, il présidait à la réparation des tondeuses, lampadaires, balayeuses et autres engins de la voirie municipale. Au temps de sa jeunesse, il avait été plutôt brillant, sorti de Polytechnique avec un rang honorable et promu à un remarquable avenir. Hélas, après deux ou trois passages remarqués dans de grosses multinationales où son incompétence à se vendre, contrairement à ses collègues, l'avait beaucoup plus desservi que son inefficacité et son absentéisme, il avait fini par échouer dans ce service de la ville de Bondy, tout heureuse de pouvoir s'offrir à bas prix un homme peu performant mais encore prestigieux. Et d'ailleurs, c'est dans ces circonstances pénibles que Lefûté montra qu'il avait encore quelque étincelle de génie et que son passsage à Polytechnique lui avait laissé de beaux restes. Car c'est lui qui proposa à la ville une solution dont il fut à la fois le concepteur et le maître d'oeuvre.
Sur la grand place de Bondy on installa une énorme cuve métallique parallélépipédique. Sur cette cuve, on posa un plancher recouvert d'un toit de toile . On y accédait par des escaliers métalliques, disposés à chaque bout. Cette immense tente avait été aménagée en trois rangées de trente boxes fermés par un rideau et séparés par des allées. Dans chaque box était installée une cuvette branchée directement sur une grosse canalisation qui se déversait elle-même dans l'immense cuve sous le plancher.
La population ayant été assurée par voie de télévision et de radio qu'elle ne risquait rien, la cuve étant totalement indépendante du réseau d'égouts et la jeune agence publicitaire "Bondy-Pub", qui s'était déjà fait remarquer l'année précédente avec son "Les préservatifs sont dans le coup!", ayant récidivé en soutenant la campagne municipale par un "Démerdons-nous...ensemble" qui avait fleuri sur tous les murs de la ville, le système avait très rapidement pris son rythme de croisière : de jour comme de nuit, il y avait toujours du monde aux WC Lefuté.
Bien entendu, il y avait les périodes de pointe principales, huit heures, treize heures, dix-huit heures, ainsi que quelques périodes de pointe secondaires, dix heures, seize heures et vingt heures pendant lesquelles des files d'attente se formaient, tandis que les autres plages horaires voyaient une fréquentation plus irrégulière et plus fluide. Des habitudes s'étaient bien vite créées, les réguliers se retrouvant aux mêmes heures dans la file d'attente, tandis que les irréguliers fréquentaient les files d'une manière beaucoup plus aléatoire, au gré de leurs sphincters plus fantaisistes. Cependant, il ne se passait pas de journée sans qu'arrivâssent en période d'embouteillage des individus en situation d'urgence. Dans les premiers temps, la solidarité aidant, des personnes au sphincter moins exigeant acceptaient de céder leur place. Mais bientôt cet altruisme disparut et un tarif monétaire s'institua pour ces dépannages, à tel point qu'une certaine catégorie de profiteurs en fit une source de revenus, ne prenant la file que pour pouvoir céder leur place contre argent comptant. Un autre petit commerce florissant, au bas des escaliers, était la vente, au prix fort, de papier hygiénique aux imprévoyants. Enfin, le système, équivalent moderne du système des feuillées de l'armée en campagne, marchait plutôt bien et Lefuté avait été félicité par le maire en personne lors d'une cérémonie émouvante qui s'était déroulée devant l'"excrématoire", fruit de son génie conceptuel. C'était cependant assez rudimentaire, il n'y avait pas de chasses d'eau et, malgré le passage trois fois par jour d'employés municipaux armés de tuyaux d'arrosage, l'odeur était assez intense, mais les Bondysiens y étaient maintenant habitués! Tous les quatre ou cinq jours, une noria de camions vidangeurs venait vider la cuve, faisant ensuite le bonheur des maraîchers de la région qui n'avaient jamais eu d'aussi belles salades!
Mais l'aspect qui avait primitivement échappé à Lefuté était l'aspect accoustique de son installation. Toutes ces canalisations branchées comme des tuyaux d'orgue sur cette immense cuve faisant caisse de résonnance avaient des conséquences sonores absolument étonnantes! Le moindre bruit "naturel" se trouvait amplifié dans des proportions stupéfiantes. Si bien que "la place aux sons", comme on l'avait surnommée, était devenue un prodigieux lieu de concert permanent et gratuit. Ceux qui profitaient sans vergogne de cette source inespérée de distraction étaient les gens du troisième âge, les chômeurs et autres inactifs de la ville. Pas d'instant où il n'y eut des groupes installés sur les bancs autour de la place, toutes oreilles à l'affût, s'esbaudissant et se tapant sur les cuisses à chaque sonorité remarquable. Même les dimanches voyaient des familles, sous prétexte de promenade, venir séjourner autour de la place pour profiter eux-aussi de l'aubaine sonore. On venait même en groupe des localités voisines. Il n'est que de voir les fous-rires irrépressibles que déclenche tout bruit postérieur dans une salle de classe ou de réunion silencieuse pour imaginer l'attirance que "la place aux sons" exerçait sur la plus grande partie de la population, bien qu'elle s'en défendît !
Contrairement aux "béotiens", les connaisseurs préféraient venir pendant les moments creux. En effet, pendant les périodes de pointe, l'abondance des "musiciens" occasionnait un bruit énorme, une sorte de "cacaphonie" certes impressionnante par son volume et son ampleur, mais très rapidement monotone, chaque émission perdant sa spécificité, son individualité dans la sonorité ambiante, mises à part quelques rares fulgurances ayant la chance de tomber dans une plage de silence inespérée. Au contraire, les périodes creuses permettaient aux connaisseurs de profiter pleinement de chaque émission sonore dans toute son originalité. Car, même dans ce domaine trivial, chaque individu était unique et offrait une partition toujours originale.
Il y avait les harmonieux, au sphincter ferme et puissant, dont les sons filés allaient mourir longuement au fond de la cuve, comme le son de la flûte au fond des bois. Il y avait les relâchés, dont l'émission brutale et clipatouilleuse faisait vibrer les tôles d'une manière intense mais brève.
Il y avait les spasmodiques, dont les pulsions sonores et saccadées faisaient nostalgiquement penser au moteur des bateaux de pêche quittant le port dans la brume ouatinée du petit matin.
Il y avait les brouillons velléitaires qui suintaient plus qu'ils n'expulsaient, et dont la prestation accoustique gargouillante salissait l'oreille.
Il y avait les coincés dont les muscles tétanisés ne laissaient passer qu'un vague couinement de souris, qui, magnifié par l'accoustique de la cuve, se muait en un mystérieux cri de baleine à l'agonie.
Il y avait les neutres, évacuateurs discrets que seule l'énorme amplification du système créditait d'un cricassant froissement lors du passage de la matière au trou resserré de l'anus.
Et puis, il y avait les touche-à-tout de génie, les inspirés, qui transitaient d'un régime à l'autre avec aisance, passant de l'expulsion vibrante et sonore au festival de sons filés de tonalité ascendante, pour finir par une péremptoire ponctuation bi-tonale.
Mais tous ces concerts originaux ne suscitaient pas que des spectateurs passifs. Très vite, le côté sud de la place, d'où l'on pouvait surveiller commodément l'entrée et la sortie de l"excrématoire Lefûté" était devenu le terrain de prédilection de tous les parieurs de la région. Finis le Loto et le Pari Mutuel Urbain! A Bondy, on en était au Pari Merdeux Urbain. C'était une forme de pari rapide où gains ou pertes s'enchaînaient au rythme des entrées et sorties de l'édifice. Il s'agissait, en surveillant les entrées et sorties des "officiants", d'essayer de déterminer et d'attribuer à chacun son "chant", pendant que des "commissaires" dépêchés sur place, vérifiaient les appartenances. Cela pouvait sembler à priori facile, mais ne l'était nullement. Car l'expérience prouvait qu'il n'y avait point de relation simple et évidente entre le volume et la texture de la prestation sonore et l'apparence physique du sujet. Ce qui faisait la difficulté du jeu. La preuve la plus éclatante en était "Mamie Tonnerre". "Mamie Tonnerre" était une vieille dame, plutôt distinguée, petite, mince et fluette comme un oiseau. De cette apparence physique, les profanes déduisaient une prestation musicale fluide et discrète et ce leur était un véritable choc que d'être brutalement agressés par le grondement caverneux et torrentiellement apocalyptique qui était sa production habituelle. Chez les aficionados, c'était devenu une habitude rémunératrice, ainsi qu'une sorte d'intronisation, que d'amener les nouveaux-venus à perdre quelques plumes sur cette grand- mère cataracte.
Ces enjeux et paris illégaux n'étaient pas les seules pratiques vénales nées de la création de l"excrématoire". Une autre espèce de profiteurs était née : les enregistreurs, qui, malgré les rondes obstinées de la police municipale, réussissaient à planter leurs micros jour et nuit au pied des boxes et revendaient à prix d'or aux collectionneurs scatologiques leurs meilleurs enregistrements. Un marché noir de la cassette anale s'était mis en place. "The best of " de Mamie Tonnerre" par exemple, était très recherché et se négociait, disait-on, à des prix pharamineux.
Toutes ces pratiques immorales et délictueuses mettaient le Maire dans une colère folle et il s'était juré de mettre fin à ce "trafic de merde" . Ce laisser-aller du langage montrait assez dans quel désarroi le plongeaient ces pratiques de certains de ses concitoyens... d'autant qu'il avait perdu sa femme (ça il s'en remettait plutôt bien) mais aussi sa bonne dans l'histoire. Mais il avait pour l'heure bien d'autres soucis. Les experts zoologistes du muséum d'histoire naturelle avaient prévenu les autorités d'un autre danger. Si plus personne à Bondy n'approchait des toilettes, le monstre allait se trouver à cours de nourriture. Dans ce cas, au bout d'un certain temps, il risquait d'émigrer vers les sous-sols d'une autre localité de la région parisienne. Donc, il fallait le piéger avant que le faim ne le fasse partir. Et nul ne savait comment s'y prendre!
Bien entendu, la mairie et la police étaient envahies de lettres proposant des solutions originales pour éradiquer le monstre.
Le syndicat des vicaires des grandes banlieues envisageait de mobiliser les dix-sept vicaires de l'association pour bénir, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, le contenu des citernes des pompiers et déverser en continu ces tonnes d'eau bénite dans les égouts.
L'association des adjudants en retraite de Bondy proposait defaire ratisser les sous-sols de la ville par un bataillon d'hommes-grenouilles équipés de lance-flammes. Le cartel des lessiviers d'Ile-de-France suggérait d'inonder les égoûts de milliers d'hectolitres d'eau de javel.
Un militaire de haut-rang, qui désirait garder l'anonymat, conseillait de demander à l'armée de faire exploser une petite bombe atomique "tactique" au centre des égoûts de la ville.
Un directeur de zoo proposait à la ville de se rendre personnellement en Afrique afin d'en ramener une quinzaine de crocodiles qu'on lâcherait dans les égoûts afin qu'ils s'y livrent à la chasse au monstre.
Un anonyme suggérait que chacun se protègeât en installant un bouquin de D...... dans sa goulotte, précisant que si cela ne décourageait pas le monstre, au moins les dits livres seraient bien à leur place.
La lecture de ces missives et de leurs suggestions prouvait sans aucun doute que la France profonde jouissait d'une grande capacité d'imagination, sinon de réflexion, mais n'avançait nullement les édiles dans leur recherche d'une solution au problème. Tous les journaux, toutes les télés, toutes les radios ne laissaient pas passer un jour sans parler du monstre des cuvettes. La vie quotidienne de Bondy et l'histoire de son monstre et de ses victimes occultait le reste de l'Actualité.
Ce fait-divers monstrueux en était venu à frapper l'imaginaire de tous les Français, à l'instar de "la bête du Gévaudan", avec d'autant plus d'importance que la puissance médiatique le rendait omniprésent à tous, menaçant de transformer les trois-quarts de la population du pays de constipés potentiels en constipés chroniques! Des sectes, des associations apparaissaient. La "Secte des Adorateurs du Dieu des Cuvettes" qui avait lancé une campagne de souscription et entrepris des démarches administratives afin de construire, au centre de Bondy, un immenseTemple WC, dont l'autel serait une cuvette en or sur laquelle on sacrifierait chaque semaine une jeune adolescente. "L'Association des Défécateurs Naturels" prônait le retour aux pratiques simples de nos aïeux, sans intermédiaire de faïence ou de plastique, afin de rendre directement à la Terre nourricière ce qu'elle nous avait généreusement dispensé.
Et, au grand émoi du commissaire, dans "les Nouvelles Littéraires", l'écrivain Paul Hochon, son auteur fétiche, se plaignait déjà de ce que, inconsciemment inquiètes, la plupart des Femmes ne se déplaçâssent plus qu'en pinçant les fesses, telles d'impotantes asexuées, enlevant ainsi aux rues de nos villes une grande partie de leur attrait .
II fallait vraiment faire quelque chose, et au plus vite. L'affaire commençait même à faire du bruit en haut-lieu. Le Maire et le Commissaire furent convoqués à l'Elysée, d'où ils revinrent pâles mais déterminés. C'étaient l'équilibre mental et la santé physique du Pays tout entier qui étaient menacés!
Heureusement, toute situation désespérée voit immanquablement se lever un sauveur .

(à suivre)